7 ans après le lancement de De Bonne Facture, Déborah Neuberg a réussi à conserver le positionnement durable et respectueux de l’homme et de son environnement.

Dans la lignée de notre entretien avec Lenny Guerrier, c’est à distance que nous avons rencontré Déborah Neuberg. Nous nous sommes parlés depuis son appartement parisien qui lui sert de lieu de confinement et d’atelier dédié à la création en dehors de l’agitation quotidienne.

7 ans de détermination

Motivée par l’envie d'entreprendre, c’est à 27 ans que Déborah a saisi l’opportunité de se lancer dans le stylisme. Professionnellement entre deux eaux, il était temps pour elle de tenter quelque chose : “Tant pis si ça ne marchait pas ! Ce n’était que l’affaire d’un an. Finalement, 7 ans plus tard, les choses se sont construites. À force de détermination, le projet De Bonne Facture s’est poursuivi.”

Déjà en 2013, le mot d’ordre était d’avoir un haut niveau d’exigence. Elle nous confie : “il est encore plus difficile de le transmettre lorsque l’on est plus seul à tout faire. Cela doit s’incarner en chacun dans l’entreprise. Depuis le lancement, je me suis peu à peu entourée d’une petite équipe. Nous sommes six, cela nous permet de nous répartir  le développement de la collection, le suivi de production, la commercialisation et enfin tout le marketing ainsi que la présence en ligne.”

"Les vêtements que l’on achète et que l’on porte sont faits pour être gardés."

Des inspirations “old school”

À force de regarder ce que faisaient  les marques avec lesquelles Déborah a grandi, elle ne voulait pas rater la chance de pouvoir faire des pièces toutes aussi belles à travers De Bonne Facture. 

“Je voulais remettre au goût du jour et m’approprier un certain type de vêtement que j’ai pu toucher, connaître ou auquel j’ai pu m'intéresser dans la garde de robe masculine, que ce soient  les vêtements de mon père ou encore des vêtements que je voyais dans des boutiques comme Aux laines écossaises ou Old England. Tout ce registre est assez “tradi”, “old school parisien”. Avant la création de ma marque, les  belles matières, ce côté tailored, la qualité des finitions ou le type de fil me manquaient. Quand on regarde bien, tout cette culture disparaît, Aux laines écossaises et Old England sont fermés, les ateliers familiaux se font rares, ceux qui continuent sont les derniers dans leur domaine. Dès le début, De Bonne Facture a été lié au fait de préserver cet esprit et ce savoir-faire. Les vêtements que l’on achète et que l’on porte sont faits pour être gardés. J’ai toujours eu la profonde envie de travailler sur des choses qui se gardent. Certaines choses dans la mode disparaissent alors qu’il faut leur redonner vie, les rendre durables et modernes. Dans la mode, si tu ne t’adresses pas à tes contemporains, il est compliqué d’exister et d’en vivre.”


"Quasiment toutes les matières textiles [...] viennent du vivant. Le comprendre, c’est leur donner un sens"

Une approche différente de la matière

Ayant à cœur la matière, De Bonne Facture propose des formes assez minimalistes mais avec un haut niveau de qualité de fabrication.  

“Depuis le lancement du projet, on me fait souvent remarquer que nos choix de matières nous distinguent des autres marques. Cela fait quelques années que j’aime m’intéresser au lien qui existe entre certains textiles et la spiritualité. Si l’on prend l’exemple de la religion juive, on peut lire dans la Torah de nombreuses prières faisant référence à la laine, au lin, au cuir...On comprend qu’il existe beaucoup de règles traditionnelles sur les matières et leurs associations entre elles.  Cette vision permet de s’éloigner d’une conception de collection complètement ‘mode’. Ce genre de restriction peut te pousser à créer des combinaisons intéressantes pour une collection, et t’oblige à te poser certaines questions. Pourquoi la laine et le lin ne se mélangent pas ? Comment est-ce qu’il faut travailler de la laine ? Cela te donne un certain respect pour les matériaux. Des personnes comme Seetal Solanki, du Studio Ma-tt-er, s’interrogent sur  lesdits matériaux, leur provenance pour les réincarner.”

Poussant cette réflexion à tous les niveaux de son quotidien, Déborah nous partage : “aujourd’hui, on  fabrique et on consomme de la matière première sans comprendre le pourquoi et le comment. Le modèle dans lequel nous vivons nous pousse à voir les biens comme des produits que l’on consomme , que l’on digère puis que l’on jette. Quasiment toutes les matières textiles, que ça soit de la viscose, du coton, le polyester, polyamide viennent du vivant.  Le comprendre, c’est leur donner un sens.”

Une obsession de l’usage

“On essaie d’avoir une approche typée “design produit”, plus qu’une réponse à une problématique “mode”. Cette façon de penser  nous permet d’inscrire nos productions comme quelque chose de moins éphémère à l’image de la valeur d’usage d’un meuble.” Chez De Bonne Facture, les produits sont conçus avec une seule philosophie : voir défiler les  saisons et les années. Sans spécifiquement faire du vêtement fonctionnel, le label s’inspire de formes utilitaires tout en supprimant volontairement les détails trop “techniques”. Deborah nous précise :  “Je n’aime pas vendre un pantalon de charpentier à quelqu’un qui ne l’est pas. Les références qui servent à la création ne doivent pas être gentrifiées ou caricaturées. Dans le menswear, c’est pourtant quelque chose de très présent.” Finalement, la marque trouve un équilibre entre des pièces contemporaines, designs et durables.

"Il faut comprendre que le vintage n’existe pas sans le neuf"

L’importance de la transmission 

Chinant la plupart du temps ses pièces chez Simon’s, Déborah se passionne pour la seconde main ou les fins de stocks. Pour elle, le passé et l’avenir ne font qu’un. 

Elle s’explique : “Cette démocratisation de la seconde main est très bien venue dans l’industrie, mais il faut comprendre que le vintage n’existe pas sans le neuf. C’est un cycle, l’occasion d’aujourd’hui est le neuf d’hier. D’où l’importance de remettre la qualité au centre de nos préoccupations. L’un ne va pas sans l’autre. Dans la façon dont on va te présenter le marché du vintage, on fait abstraction de celui du neuf, on a l’impression d’avoir affaire à une solution miracle face à l'urgence climatique. Or, nous devons à la base avoir un marché du neuf plus marqué dans le temps”


"Je travaille à ce que le “vertueux” ne soit pas cantonné à une élite"

Des vêtements pour aujourd’hui et demain

L’humain et son avenir occupe une place centrale dans la pensée de Déborah : “À travers De Bonne Facture, je veux mettre en avant le travail, les machines et les personnes, ne pas les rendre invisibles. Voir les personnes et les conditions de travail dans lesquelles sont faites un produit peut en changer la perception.”

Lors de ses études, elle a longtemps œuvré pour une association faisant du soutien scolaire à Trappes. Cette vocation s’est arrêtée lorsqu’elle a dû quitter les Yvelines à la fin de son cursus. Ce manque de transmission qu’elle affectionnait à l'époque est aujourd’hui partiellement remplacé. 

”Les ateliers avec lesquels nous travaillons forment  des jeunes aux métiers de la confection. De Bonne Facture fait partie des fédérations du prêt-à-porter  qui soutiennent ces formations et la transmission des savoirs-faire dans les ateliers.” Via les fiches produits et la communication du label, ce travail de transmission est là pour répondre aux clients ou aux curieux.


Notre appel vidéo se termine sur ces quelques mots, “Le vertueux et l’accessible doivent être conciliables dans l’industrie de la mode. Les filières avec lesquelles nous travaillons rendent les créations De Bonne Facture luxueuses, mais dans ma réflexion profonde, je travaille à ce que le “vertueux” ne soit pas cantonné à une élite. On ne peut plus conserver le modèle qui fait que les gens qui ont peu de moyen, achètent des produits qui nuisent à leur santé et leur environnement. Le “bien vivre” ne doit pas être qu’un levier marketing pour rendre un produit premium.”

Le portrait de Déborah a été photographié par @olivieryoan.

Retrouvez la collection De Bonne Facture sur l'eshop du label : debonnefacture.fr et sur la page Instagram @debonnefacture.

Pour mieux connaitre De Bonne Facture rendez-vous sur notre premier article.