Nous avons rencontré Lenny Guerrier - directeur artistique de COM-EIGHT, pendant le confinement. Mesures covid obligent, nous avons procédé à un type d’interview un peu différent. Cette fois-ci, nous ne nous sommes pas rendus dans les bureaux ou ateliers de la marque, mais avons échangé en visio et Lenny nous a fait parvenir quelques samples pour que nous comprenions bien de quel type de produits nous parlions !

Lenny travaille dans la mode depuis plus de 15 ans. Après avoir travaillé dans différents bureaux de presse, il ouvre ses premiers concept stores au début des années 2010. Son goût prononcé pour les pièces d’archives signées Yves Saint Laurent, Cristobal Balenciaga ou Helmut Lang et pour les marques d’avant-garde comme Martine Rose, Études ou Filling Pieces attirent les acheteurs internationaux. Défilent alors dans sa boutique, japonais, italiens ou américains venus découvrir sa sélection. Les remarques quant au design des boutiques et quant à l'allure de ses vendeurs étaient toujours positives : "Chaque saison, j’imaginais une tenue de travail propre à la boutique. Et face aux nombreux retours positifs que l’on avait, j’ai décidé de mettre plus d’énergie dans ces créations. En 2014, j’ai cofondé Niuku, mon premier label". Cette marque lui permet de se faire connaître en Asie (principalement au Japon) et la presse internationale le met sur le devant de la scène : "ensuite, tout s’est enchaîné, on a gagné des prix, eu une nomination à l’ANDAM en 2017, ce qui nous a permis de rentrer dans le calendrier officiel et de faire des défilés". Fort de cette expérience intense et très intéressante qui s’achève en 2018, Lenny lance son nouveau label SILWET. En parallèle, il se fait démarcher par Jordan Nacmias, le propriétaire de COM-EIGHT, pour devenir le nouveau directeur artistique de la marque. 

Pour Lenny, COM-EIGHT est une chance de "mettre en avant le style de la jeunesse et la culture street sans trop la stigmatiser dans la continuité de l’époque de COM-EIGHT période JoeyStarr”. Pour lui, il manque une marque emblématique du streetwear à la française qui n’est pourtant pas loin de dominer la street culture internationale, elle-même devenue un phénomène incontournable. Aujourd’hui, nous ne sommes plus surpris de voir défiler des hoodies ou des survêtements sur les catwalks de marques de luxe : "les codes qui ont été stigmatisés à l’époque sont pertinents aujourd’hui, à tel point que les marques de luxe les reprennent et se les approprient". Entièrement intégrées au vestiaire contemporain, les pièces streetwear se mélangent parfaitement à d’autres styles dans une seule et même tenue, et en même temps que des mouvements hybrides et originaux apparaissent, c’est aussi pour COM-EIGHT l’occasion de toucher une cible de plus en plus large et de voir évoluer sa communauté. Cependant COM-EIGHT compte bien continuer à se différencier d’autres labels streetwear, Lenny nous précise : "Il y a deux mondes dans le streetwear, celui qui nous vient du marché américain et la culture du streetwear venant des banlieues françaises, comme à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Les marques de la première catégorie sont historiquement et souvent liées à un sport alors qu’il est évident que COM-HEIGHT s’en distingue puisque c’est un label né de la musique et donc automatiquement associé aux domaines artistiques et à la scène musicale. Avec COM-HEIGHT, c’est ce deuxième style, ces codes et cette ambiance que l’on veut remettre au goût du jour".

Image via COM-EIGHT


En reprenant la direction artistique, Lenny souhaite réinscrire la marque dans son temps et la réactualiser : "j’essaie avec COM-EIGHT Heritage d’être en phase avec notre époque et de concilier ma vision et l’héritage de la marque avec l’industrie et le système de production. Tu peux adhérer à des valeurs plus inclusives que ce soit par rapport aux genres ou à l’âge, tout en tenant compte de l’environnement pour proposer des collections de qualité. Les problématiques liées à la situation actuelle et au COVID19 nous ont obligés et contraint à repenser de nouveaux modèles, plus respectueux de l'environnement et de l’être humain. Comme je le disais, ce coup d'arrêt est un mal pour un bien pour l’industrie...". La marque semble être très attachée à toutes ces valeurs humaines et environnementales : "on a volontairement choisi de produire au Portugal, choix guidé tant par la proximité du pays avec la France, mais aussi pour le respect des travailleurs et salariés qui ont des droits, un salaire, etc. Cette décision était pour nous assez évidente, et même si l'on peut penser que nous faisons ça dans un but uniquement marketing, on espère en même temps que le respect de certaines normes et principes humains peuvent orienter l’achat d’un produit et deviendra même essentiel dans la logique de consommation. De toute façon, aujourd’hui, cette initiative devient courante pour toutes les nouvelles marques, on ne peut plus faire semblant”.

Image via COM-EIGHT


Côté inspiration, Lenny mêle un travail de recherche dans les livres de mode, d’art, dans les showrooms d’archives à l’expérience de la rue et de la vie quotidienne :" Je m’inspire beaucoup du réel et de la manière dont les gens portent les vêtements dans la rue. J’habitais le long du canal Saint-Martin et travaillais rue de la Paix pendant 7 ans… Vous pouvez imaginer le nombre de personnes différentes que je croisais sur mon chemin". Pour finir, Lenny nous explique que concernant la création et la conception, il dessine très peu : "ce que j’aime faire, c’est prendre un vêtement existant et le retravailler. Pour COM-EIGHT, j’ai passé des heures à revoir mes archives de vêtements streetwear." Lenny réinvente, à travers COM-EIGHT Héritage, les basiques intemporels aux volumes inspirés des années 1990 qui ont fait le succès de la marque à son lancement : le sweat, le t-shirt, le hoodie et le jogging qui composent l’uniforme streetwear par excellence. Les pièces sont travaillées dans un coton épais et durable, dans un molleton “French Terry” qui rappellent la qualité des vêtements Champion ou Russell Athletic d’il y a trente ans, tout comme les différentes techniques d’impression utilisées pour les logos que l’on retrouve bien évidemment dans la collection.

Image via COM-EIGHT

Ainsi, deux mots sont à retenir : héritage et transmission. Durant cette période difficile, COM-EIGHT transmet un message positif à travers “L'été à Paris” et “Bromance”, deux séries de photos visibles sur le compte Instagram de la marque qui mettent en avant la fraternité, l’amitié et l’unité. 


Dans les prochaines semaines, les équipes de COM-EIGHT dirigées par Mara Lellouche (directrice marketing) mettront en place de nombreux événements, pop-up stores, expositions ou d'événements musicaux pour “permettre à notre communauté de découvrir la marque en allant au-delà du vêtement, et d’entrer dans l’univers COM-EIGHT".

Le 22 octobre dernier, la collection Héritage était lancée sur le site com-eight.com . On vous recommande d’aller shopper très très vite les premiers t-shirts COM-EIGHT et les prochains drops qui seront disponibles avant les fêtes !


Vous pouvez retrouver l’article de présentation de COM-EIGHT juste ici.


Le portrait de Lenny a été photographié par @nicobustos. Les photos de la série "L'été à Paris" ont été photographiées par @melchiortersen