Avec sa première collection, Augustin lance le très prometteur label La briqueterie. Entre Paris, Yaoundé et Tokyo, La Briqueterie est le fruit d’un savant mélange cosmopolite.

Tu peux nous parler un peu de ton parcours, qu’est-ce qui t’a poussé à faire de la mode ?

J’ai toujours eu un rapport au vêtement assez fort, au-delà de la mode, ça m’a toujours passionné.Tout a commencé avec le streetwear et en particulier la mode japonaise et c’est toujours resté.Je me souviens quand j’étais à la fac, on était comme des dingues quand on a découvert les jeans Edwin. Il y a eu Bape créée par NIGO® aussi que j’ai découvert début 2000, c’était une claque, pour moi c’est lui qui a lancé ce qu’on appelle aujourd’hui le streetwear de luxe. Et puis à l’époque, on voyageait moins facilement, internet était moins développé, ce qui contribuait aussi au succès de ces marques, car elles étaient d’autant plus exclusives. Ce que j’ai aimé dans ce courant, c’est qu’il y avait une vraie culture, dès qu’on creusait un peu, il y avait mille trucs à découvrir, tout un univers créatif.

NIGO® et Kid Cudi pour COMPLEX

Sinon au niveau de mon parcours, j’ai commencé par des études en communication. J’ai vraiment beaucoup aimé, ça a satisfait ma curiosité et ça m’a appris à construire un raisonnement. Je suis allé jusqu’au bout de mon master, mais je n’avais pas envie de devenir journaliste, ni de travailler en agence de communication. Du coup, j’ai gardé mon job étudiant, j’ai économisé et j’ai lancé une petite capsule de polos.Après quoi je n’ai plus produit, car ça nécessite quand même un certain investissement financier. Du coup j’ai continué à travailler dans le retail, dans un concept-store multimarque, puis ensuite chez une marque. Ça m’a permis de me familiariser avec la vente physique, ce qui à mon sens est très important quand on veut faire des vêtements.Le magasin, c’est le lieu pragmatique par excellence.C’est là où tu as les retours en direct, tu vois ce qui part et ce qui reste. Et puis rencontrer les gens, les voir essayer les pièces, comprendre la réflexion et la méthode de travail des acheteurs…Bien évidemment que tout ça a nourrit mon expérience en amont du lancement de la Briqueterie.

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La Briqueterie est un quartier de Yaoundé au Cameroun, tu peux nous en dire plus sur ce qui te lie à cet endroit ?

Je suis franco-camerounais et pour ma marque, je voulais rester sur un nom français, pas un faux-ami. Le nom« La Briqueterie » m’est rapidement venu à l’esprit, car j’aimais beaucoup l’aspect « quartier populaire » qui matchait bien avec l’idée que j’avais de mon identité de marque. Le sens est capital pour moi, j’essaye d’être cohérent dans tout ce que je fais. J’aimais aussi beaucoup le double sens, une briqueterie peut-être une fabrique de briques ou de briquets. Et finalement, il y avait aussi un côté un peu international dans le sens où on retrouve des quartiers de La Briqueterie un peu partout où les Français sont allés comme à Hanoi par exemple. Et puis ça intrigue un peu, finalement « La Briqueterie » ça ne fait pas si mode que ça. Je trouve le côté franco-camerounais intéressant, ça touche à mes racines et ça positionne la marque à cheval entre la France, le Cameroun, mais aussi le Japon qui m’a beaucoup inspiré.

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Qu’est-ce qui t’inspire dans chacun de ses pays ?

Pour Paris, je dirais pour cette forme d’élégance et de classicisme, notamment dans le choix des couleurs et de certaines coupes. C’est aussi une ville riche de ses cultures, des différentes personnes qui l’habitent, le folklore est très large. J’observe beaucoup les gens à Paris, en particulier les personnes âgées, ils sont une grande source d’inspiration pour moi, car ils ont des vieux vêtements, mais toujours super biens faits. Ils sont souvent très élégants et sans s’en rendre compte, ce sont des gens qui portent leur histoire sur eux. Avec La Briqueterie, j’essaye toujours de m’approprier les codes des gens, mais en les respectant.

Pour le Cameroun, il y a une certaine idée de confort. Ça peut paraître un peu cliché, mais c’est un pays chaud donc tu dois te sentir bien dans ta tenue, le rapport au vêtement est différent.

Tokyo à peu près pour tout ! (rires) Au-delà du streetwear dont je suis fan, c’est toute leur culture qui m’a inspiré et qui m’inspire encore. Et puis au Japon, les gens fonctionnent beaucoup en tribus et il y a très peu de ponts entres elles. Celui qui est Rockab est Rockab, celui qui écoute du Raggae est Raggae, du coup ça fait d’eux des gens très renseignés sur ce qu’ils portent, ce sont des experts et ça donne une plus-value énorme aux vêtements.

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Quel est le processus de création de tes collections ?

Pour ce qui est des inspirations, ça peut vraiment être tout et n’importe quoi, un souvenir, une photo que j’ai prise, un personnage de film… Même parfois une couleur ou une texture.

Pour le processus de création, je commence toujours par un dessin très détaillé avec toutes les indications de matières, de coupes, etc. Puis ensuite, je passe sur l’ordinateur pour faire le dossier technique. Je retranscris mes dessins sur une planche avec tous les détails. Je fais tout ce qui concerne le volume, mais à plat, car je ne suis pas modéliste. Le plus important pour moi quand on lance une marque, c’est de trouver ses basiques, les modèles qu’on va pouvoir retrouver d’une saison à une autre sans que ça soit rébarbatif. C’est ce qui va faire que la marque deviendra reconnaissable.C’est pour ça que je ne repars jamais de zéro au fil des collections.

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Quelles sont les prochaines étapes pour la Briqueterie ?

De manière très terre-à-terre, mon actu la plus proche se passera à Tokyo. La collection est distribuée en ligne sur Parco et on avait prévu d’avoir des pop-ups en physique, dans 2 grands magasins. Mais à cause du Covid ça n’a pas pu se faire… Donc tout l’enjeu des prochaines semaines et prochains mois va être de déplacer ses pop-ups en septembre, car la météo àTokyo le permet. Comme j’ai déjà pas mal de pièces là-bas, ça serait bête de passer à côté de cette opportunité. Ensuite ça va être aussi des recherches de financement et appréhender la prochaine collection. Aussi, pour les collections à venir, j’aimerais me tourner plus vers des tissus recyclables, je pense qu’on doit tous commencer à avoir ce raisonnement même pour les petits créateurs comme moi. 

On vous conseille vivement d’aller faire un tour au pop-up store La Briqueterie situé au 23 rue Louis Blanc, dans le 10ème à Paris. Vous avez jusqu’à demain, alors dépêchez-vous :) Si vous n’avez pas le temps, découvrez LaBriqueterie sur leur e-shop !

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