Erwann et Armance sont allés à la rencontre de Louis Gabriel Nouchi à Oberkampf, pour découvrir sa nouvelle boutique et sa collaboration avec le PSG.

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Louis Gabriel Nouchi
D’où vient cette envie de faire de la mode après vos études de médecine ?

J’ai toujours voulu faire de la mode. Je ne suis pas issu d’un milieu artistique, c’est un milieu qui fait un peu peur quand on est jeune. Ça peut paraître très cliché, mais j’ai toujours dessiné des fringues quand j’étais petit et j’ai eu mon bac très jeune - à 16 ans, donc je n’avais pas forcément les moyens de suivre une école de mode en France. C’est lors de mon stage chez Vogue Paris - à l’époque de Carine Roitfeld - qu’ils m’ont conseillé des écoles dont la Cambre, où j’ai été accepté. La Cambre est publique, c’est 350 euros l’année et il faut chercher soi-même tous les sponsors pour payer le défilé. C’est la débrouille. Je voulais vraiment une école où il y avait un rayonnement avec des vrais défilés et peut être la chance de trouver un travail après cela. En tout cas, j’ai eu beaucoup de chance. C’est vraiment une formation qui correspondait à ce que je cherchais. On est très autonomes, on fait du patronage, on travaille sur des grosses collections. Il faut trouver des sponsors pour des tissus, chercher les mannequins, c’est très complet et intense. Ça a réellement été un moyen d’apprendre, car avant tout ça, je ne savais pas coudre un bouton.

Peux-tu nous décrire le vestiaire LGN ?

Pour le vestiaire LGN, j’essaye de faire des choses confortables. C’est la première raison pour laquelle j’ai créé la marque : Créer des vêtements confortables et élégants, avec une signature, une histoire derrière, c’est pour ça que chaque collection est basée sur un livre. C’est très important, il faut que ça soit facile à mettre, que la matière soit comme le sportswear - Du sportswear dans un nouvel esprit d’organisation. Tout cela me permet d’avoir une clientèle extrêmement large, dont je suis très fier ; par exemple, nous avons beaucoup de femmes qui achètent, pourtant je n’ai jamais fait de collection femme. Je ne veux pas que ce soit overdressed, je trouve très important que ce soit des vêtements que l’on garde, avec une réelle signature, un gros travail sur la couleur, le style. On a une notion assez subversive du vêtement ou d’histoire dans le vêtement avec des déchirures contrôlées, notamment au niveau des encolures, des bas de manches ou la manière dont on montre la peau aussi. Par exemple, des filets qui finalement ne sont pas transparents quand tu les mets sur la peau. C’est un raffinement, une forme d’ennoblissement.

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Quelles sont tes sources d’inspirations au delà des mots et de la littérature ?

Je nourris la marque de beaucoup de mes expériences personnelles, des voyages, des rencontres, des ressentis sur divers sujets. Et la littérature parce que - comme dessiner des vêtements - ça a toujours été un moyen de m’évader. J’ai toujours beaucoup lu. Le lien entre la littérature et la mode s’est fait naturellement. Je n’ai jamais réellement trouvé l’explication car je le faisais déjà petit à l’école. Quand j’ai commencé à la Cambre, ma première collection était sur Alcools de Guillaume Apollinaire.

Quand tu lis, tu imagines la collection ?

Quand je lis, je me fais un film, et je construis les personnages. Ça devient mon univers. Quand je parcours un livre, j’éprouve beaucoup de sentiments, surtout dans les bouquins qui marquent. Notamment ceux qui ont fait évoluer les idées, certains qui révèlent des passions, et même la découverte de l’homosexualité. La littérature permet de s’évader, se sentir bien, ce sont vraiment ces sentiments que j’ai envie de transmettre par les vêtements. Je pars d’un livre mais finalement, ça devient des vêtements et les gens peuvent ensuite se projeter. Par exemple en terme d’images, pour la dernière campagne, on voulait quelque chose de très cinématographie, une ambiance à la Pasolini. Il faut toujours être dans la suggestion. On ne connaît pas l’histoire entre les personnages, on se l’invente en regardant les images. C’est vraiment le sentiment que je souhaite donner lorsqu’on découvre mes pièces. Le premier réflexe, c’est de toucher les vêtements et nos déchirures déclenchent d’autant plus cette envie.

Quelle est l’origine de la collaboration entre LGN et le PSG ?

C’est grâce à une amie, qui m’a mis en contact avec les personnes en charge du Paris Saint-Germain. J’étais très enthousiaste, parce que j’emprunte beaucoup de codes au sportswear. En plus le PSG, en tant que parisien, fait partie intégrante de ma vie, même si je ne regarde pas le foot. J’étais honoré que ça fonctionne. J’ai compris qu’il y avait beaucoup de choses à faire, j’ai pu retravailler le vestiaire du PSG mais dans une version hyper chic, donc noir, blanc, très radicale, faire du full logo sans que ça se voit, ou en tout cas très peu. La recherche de développement à été longue et très riche, comme la maille lustrée, que je n’avais jamais travaillée auparavant. Ça nous a permis de nous amuser, de pouvoir leur proposer des choses nouvelles.

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Collaboration Louis Gabriel Nouchi - PSG
C’était compliqué de proposer une vision mode à ce vestiaire sportswear ?

Pas du tout, ils étaient vraiment dans une demande de ce genre. C’était cool de faire confiance à des personnes comme moi - une petite marque - et de nous laisser une liberté assez importante. De plus en plus, la mode emprunte au sportswear, donc le vêtement de sport peut avoir un porté assez mode. On a essayé de traiter la chose d’une manière assez élégante, structurée, comme utiliser du jersey pour faire des vestes et des pantalons. Créer des pièces qui ressemblent à un vestiaire couture. Il faut penser au client. On nous a imposé un nombre de pièces et c’est nous qui avons proposé tout le reste.

Ta marque peut être définie comme non-genrée, or le milieu du foot est un milieu très masculin, l’objectif est-il de dégenrer ce milieu?

Le vêtement de sport est assez unisexe. On assiste depuis plusieurs années à une sorte d’uniformisation des genres, les morphologies des hommes et des femmes se rapprochent. Les personnes sont beaucoup plus androgynes, on peut le voir au niveau des tailles. Et le vêtement de sport à vraiment participé à cela. Pour certains sports, l’habit doit plutôt répondre à une fonction, comme l’escrime, le foot aussi. Je pense qu’on y arrive part le fait que les femmes sont beaucoup plus actives, qu’elles s’émancipent dans beaucoup de domaines, notamment sportifs. Le vêtement suit l’usage, les femmes aussi se doivent d’avoir des pièces pratiques. Je ne comprends pas pourquoi les robes n’ont pour la plupart pas de poche, que les zips soient dans le dos. C’est pour ça que je fais de l’homme, le vêtement homme est 100 fois plus pratique que celui de la femme. Je suis très fier que des femmes achètent mes pièces, qu’elles se sentent féminines dedans. Homme ou femme, il faut pouvoir jouer avec les pièces pour ne pas s’en lasser, que les vêtements soient amovibles, qu’on puisse les styliser comme on le souhaite…C’est ce qu’on voulait faire avec le PSG, que les coupes soient amples, avec un coté sportswear tout en introduisant une certaine élégance…J’ai toujours fait des collaborations avec des marques qui avaient un intérêt pour nous. Par exemple Damart, la meilleure marque de jersey en France. Le PSG fait aussi sens, car je travaille beaucoup le jersey et la maille qu’on retrouvent beaucoup dans le vêtement de sport.

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Quelles sont les futurs projets/collaborations de LGN après le PSG ?

Notre nouvelle boutique est un très gros projet. Ça va nous permettre de lancer la maroquinerie et la petite maroquinerie. J’ai très envie de continuer à proposer des exclusivités. C’est un énorme dynamisme, et on a de très bons retours client. La boutique permet de générer beaucoup de trafic, on ne s’y attendait pas du tout. C’est une belle surprise !

En raison de la pandémie mondiale qui impact le milieu de la mode et la vente physique, la boutique LGN est fermée. Louis Gabriel Nouchi propose donc un E-store sur son site web. Vous pouvez également suivre LGN Louis Gabriel Nouchi sur Instagram pour avoir les dernières actualités.